Histoire

Histoire de la bibliothèque Atwater

Histoire de la bibliothèque Atwater
Les origines de la bibliothèque Atwater remontent à l’an 1828 lors de la création du premier Mechanics’Institute à Montréal, sur le continent nord-américain. Connue aujourd’hui sous le nom de Atwater Library of the Mechanics’Institute,  la bibliothèque est la seule survivante de plusieurs établissements canadiens semblables au Canada, au 19e siècle. Le reste durent fermer leurs portes  ou fusionner avec le réseau des  bibliothèques publiques. C’est ainsi que fidèle à son passé, l’institution poursuit déjà fièrement ses objectifs en misant sur l’avenir.

Alors, en 1828, quelques  montréalais influents, ayant pressenti le besoin de former des travailleurs pour les industries   en pleine expansion, ont créé le Montreal Mechanics’ Institute. Plusieurs noms importants  ont participé, à ce moment-là,  au lancement de cette institution. Le nouveau patron et président était Sir James Kempt , gouverneur du Bas-Canada et Louis Gugy, sheriff de Montréal, devint le  premier président de la nouvelle organisation. Les vice-présidents furent l’industriel John Molson, le marchand Horatio Gates, l’orateur de l’Assemblée  du Bas-Canada et  représentant de l’extrémité ouest de la ville, Louis-Joseph Papineau, l’ éducateur et pasteur de l’Église d’Écosse  de la rue Saint-Gabriel, le Révérend Henry Esson. Des artisans et des commerçants  employeurs  ont donc  figuré parmi les premiers membres actifs.

Modelée d’après les établissements de « mécanique » qui s’étaient déjà répandus en Angleterre et en Écosse, la nouvelle institution montréalaise, selon le Révérend Esson, visait à promouvoir la formation de ses membres dans les arts, les sciences et les connaissances pratiques. Les cours habituels furent donc remplacés par un programme de conférences et de sessions hebdomadaires d’information. On obtint également  une bibliothèque et une salle de lecture. C’était l’époque du foisonnement des édifices commerciaux  rehaussés  par la construction du Canal Lachine et de l’église Notre-Dame. La population de Montréal comptait alors environ  23 000 habitants et la rue Saint-Paul constituait son principal centre commercial et social . À ce moment-là, on assista au développement de plusieurs institutions d’enseignement dont l’Université McGill avec une première formation en  arts et en médecine, en 1829. Mais, cinq ans plus tard, une pré-rébellion politique alimentée par des rivalités basées sur des questions éducatives et de religion conduisirent à la suspension d’activités de l’Institut montréalais. On a dû se résigner, hélas,  à tenir une dernière réunion , le 24 mars 1835.

Un second Institut : une nouvelle époque !     

Revirement! En 1840, la fin de la Rébellion de 1837 marqua un retour  vers un climat de paix politique dans la métropole.  C’est alors que fut créé le Mechanics’ Institute of Montreal, une revitalisation de l’institution précédente.  La constitution était essentiellement la même. Le groupe précédent céda ses équipements et les cours se devaient d’être semblables. Quatre-vingts membres du premier groupe furent choisis  pour  une année (vingt-quatre  y adhérèrent). John Redpath, un constructeur qui avait été membre de l’organisation précédente en 1833, devint alors  le président du nouveau Mechanics’Institute.

L’élaboration d’un programme de conférences fut perçu comme « le meilleur moyen de susciter le désir d’apprendre  chez le public » (rapport annuel 1841). Le soir, on a pu  offrir, à différents moments, de cours de lecture, d’écriture, de mathématiques, de français, de dessin architectural, mécanique et ornemental aux apprentis et ouvriers. Des cours  d’école primaire furent dispensés mais on a surtout mis l’accent sur les études du niveau secondaire. Ce fut l’un des premiers efforts concertés au Canada pour encourager l’éducation aux adultes  virtuellement ininterrompue pendant 30 ans jusqu’au moment où  le gouvernement en prit  la responsabilité.

Dès 1843 et pendant les quelques années qui suivirent, le Mechanics’Institute organisa de petites expositions annuelles pour présenter au public les progrès scientifiques des diverses industries de la ville. C’est alors que surgit  le Mechanics’ Festival: il s’agissait d’événements sociaux populaires à Montréal  qui présentaient des répertoires de chansons et de musique instrumentale dans le Hall Bonsecours.

En 1845,   le Mechanics’Institute of Montreal fut incorporé par un Acte du vieux Parlement du Canada (la province du Canada fut créée en 1840 à partir des colonies du Haut et du Bas-Canada sous l’Acte d’Union)

Dix ans plus tard, le Mechanics’Institute a ouvert son propre édifice au coin  des grandes rues Saint-Jacques et Saint-Pierre  ( maintenant Saint-Jacques et Saint-Pierre dans le Vieux-Montréal). On pouvait lire  l’inscription suivante sur les  bannières qui flottaient sur l’édifice « faire d’un homme un meilleur ouvrier et d’un ouvrier un meilleur homme ». Cet endroit, avec sa grande salle de conférences,  devint l’un des principaux centres culturels de la ville pendant  quelque 30 années jusqu’au moment où les résidants déménagèrent au nord et à l’ouest.

History Original Building
 
Vers 1859, la bibliothèque devint une des composantes de l’Institut. Dans le rapport annuel d’alors, on pouvait lire: " La bibliothèque et la salle de lecture forment les particularités de l’Institut et la façon dont ces départements sont équipés et administrés influenceront toujours grandement la liste d’abonnés. »

Plusieurs années après 1850, Alexander Cowper Hutchison enseigna le dessin architectural à l’Institut. Fils d’un tailleur de pierres écossais, A.C. Hutchison a lui-même suivi des cours de dessin mécanique à l’Institut  et finit par devenir l’un des principaux architectes de Montréal. Il s’occupa, entre autres, de la conception et de la construction des principaux édifices de Montréal, incluant ceux des Musées Redpath et  Erskine,  de l’Église unie d’Amérique et du vieil immeuble de la Presse. Sa firme, Hutchison, Wood et Miller, élaborera plus tard, le design du présent édifice de la Bibliothèque Atwater.

Enfin,  novembre 1868 marqua la fin des cours de dessin technique pour les vingt-quatre étudiants. Le programme comprenait des notions de géométrie pratique, de détails d’engins et d’autres machines. Le Conseil des Arts et des manufacturiers  qui était alors sous l’égide gouvernemental, devint responsable de ce type d’enseignement, ce qui eut comme conséquence d’attirer plus de pupilles. Aussi, la bibliothèque et les séries de conférences devinrent les principaux pôles d’attraction.  Le Mechanics’Institute présenta surtout un service  de  bibliothèque et de conférences.

Déménagement dans l’ouest


Vers 1910, on encouragea  de plus en plus la vente de l’immeuble de la rue Saint-Jacques et la relocalisation de l’Institut plus près des quartiers résidentiels. Les terrains avaient pris beaucoup de valeur depuis les 50 dernières années  et constituaient  maintenant un secteur  financier et  une zone d’opérations bancaires. Après la vente de l’édifice, on  choisit le nouveau site au coin de
l’avenue Atwater et la rue  Tupper. Les coûts de construction et d’équipement du nouvel édifice s’élevaient à 120 000$ par année. Les profits de la vente  suffirent à couvrir les frais d’entretien  et  d’exploitation  au montant de 12 000 $ par année. William Rutherford en fut le président de 1913 à 1920. La construction de l’édifice qui débuta en 1918  fut complétée deux ans plus tard. La firme d’architecture Hutchison, Wood et Miller se chargea de la conception des travaux. A.C. Hutchison ayant pris sa retraite, les plans furent préparés par son petit-fils. Son frère, le constructeur, J. Henry Hutchison  qui avait siégé au Conseil d’administration du Mechanics’Institute , dirigea le comité de construction du bâtiment.

1920 fut l’année de son inauguration officielle.  Soixante-quinze ans plus tard, en janvier 1995, l’architecte montréalaise Susan Broke, prit la parole lors d’une soirée commémorant l’ouverture de l’édifice en décrivant, avec moult détails, l’extérieur de la bâtisse :

« Le bâtiment revêt un sens réel d’intégrité architecturale résultant de sa simple et claire composition,   de détails consistants et sélectifs, et de  sa construction de grande qualité.

La bâtisse, recouverte de briques polies, faisait ressortir certaines particularités – corniches, armatures  autour des fenêtres d’en haut, relief de médaillons, boiseries sous les fenêtres, bande de moulures qui détermine le niveau du plancher rehaussé de pierres calcaires Indiana. Le  rez-de-chaussée dont le niveau  est façonné à l’extérieur  par des  moulures continues en pierre, a été remonté pour permettre à la lumière d’entrer à profusion vers le niveau plus bas. De grandes fenêtres arquées sur trois côtés habillent  l’édifice du prestige d’un palazzo Renaissance. Notons que les détails sont simples, dignes, presque modernes. »

La façade de l’avenue Atwater, qui fait face au square public de l’autre côté, est parfaitement symétrique. Sa composition, dominée par une porte centrale,  s’ajuste confortablement dans l’ouverture arquée du centre. La rue Tupper présente aussi une façade majeure similaire. Le côté ouest se distingue par une série de longues fenêtres étroites qui sont proportionnées selon l’espacement  des deux étages en bois à l’intérieur…Neuf médaillons au nord, à l’est et au sud des devantures illustrent  des reliefs d’art, de la science et d’industrie ».

History Current Building
 
Vers 1940, la bibliothèque, avec ses 45 000 livres, pouvait se vanter d’être l’un des plus beaux  joyaux  de  références techniques, au  pays. Dans le temps, on encourageait la lecture des livres de non-fiction, ce qui correspondait aux besoins du lectorat et aux objectifs éducatifs de l’établissement.

Changement d’orientation

En 1962, la bibliothèque changea son nom en celui de Atwater Library of the Mechanics’ Institute of Montreal  afin de  refléter son intérêt de desservir un plus grand public. En fait,   sa collection de livres  s’orienta peu à peu vers la fiction, la biographie et les voyages, tout en conservant les aspects techniques  plus axés vers l’histoire et la recherche.

En 1977 et 1978, en raison d’une période de baisse de revenus et de changements politiques au Québec, il devint nécessaire de rentabiliser la bibliothèque. C’est ainsi qu’on développa la collection de livres à gros caractères. Autre projet intéressant : la livraison des livres par courrier, initiative du président Thomas Anglin . Cette retentissante  réussite  atteignit son  apogée  en 1983 quand 4 697 livres furent distribués aux membres à travers le Canada, surtout sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent qui était relativement isolée. Autre nouveauté : une division pour enfants de trois à douze ans.

Dans le rapport annuel de 1978, Tom Aglin rapporta que les  finances furent alors  réduites afin de pouvoir payer les coûts d’exploitation.   Il a même parlé de la possibilité de vendre l’édifice à l’hôpital Reddy Memorial  qui était voisin, mais ses administrateurs ont offert de payer seulement  pour la valeur du terrain. Le docteur Norman Eade, alors membre du conseil d’administration, note qu’à ce moment-là, on tenta de réinstaller la bibliothèque dans le district Mile End de Montréal, un quartier multi-culturel où il n’y avait aucune bibliothèque. Par la suite, la Ville de Montréal en a installé une  dans une ancienne église anglicane.

Dans le rapport annuel du président en 1980, le docteur Eade souligne qu’on avait décidé  de revitaliser la bibliothèque dans son emplacement actuel sur  l’avenue Atwater  afin de « conserver un legs qui avait  été confié à nos soins. »  Cette décision entraînera une démarche      vers le développement   informatique. Selon le docteur Eade « le fait d’offrir des cours et du  support  en informatique en  dehors d’un contexte universitaire semblait être le meilleur moyen  de  garder la vocation initiale de la bibliothèque. »

Une autre réalisation fut rendue possible grâce à un don en mémoire de Judith Even Reford : le       
déménagement de  la bibliothèque des jeunes de Montréal dans le sous-sol de l’édifice, en 1981.

Trois ans plus tard, le docteur Ted Connolly ( président 1982-1983 et vice-président et président du comité d’informatique 1984) fit instaurer le centre d’informatique actuel  dans une des salles de lecture du rez-de-chaussée et une  classe pour des cours  fut aménagée au second plancher. Une subvention du ministère des Communications du gouvernement  fédéral permit cette réalisation.

 En 1990 , une crise financière marqua l’histoire de la bibliothèque  à cause de  l’augmentation des coûts d’exploitation et d’une baisse substantielle des subventions gouvernementales. Les moyens financiers se faisaient de plus en plus rares. Plutôt que de fermer le service, les abonnés décidèrent de réduire le personnel rémunéré à 3 personnes, d’augmenter les responsabilités ainsi que le nombre de bénévoles et de chercher de nouvelles méthodes de financement. Pendant les deux ou trois  années suivantes, le président de la  bibliothèque,Ralph Leavit,  entreprit des démarches auprès des organismes de bienfaisance  pour obtenir de l’aide, ce qui leur a permis de continuer les opérations. De nouvelles pistes furent examinées et on décida d’améliorer  les services informatiques pour le public.

En 1994,  l’architecte et membre du conseil d’administration, Anne Pasold (présidente en 1992, 1994 et 1995), fit rééquiper et remeubler une des salles de lecture pour loger un grand  centre d’informatique. Elle s’est alors assurée que la salle de lecture soit restaurée selon le plan architectural du début.
 
En 1996,  les dons d’un  organisme de bienfaisance permirent l’achat des ordinateurs Pentiun pour la classe d’informatique.  La même année,  le projet  des livres par courrier qui avait connu tant de succès au cours des années 80, a dû être annulé à cause des contraintes budgétaires.

Au même moment, Andrea Rutherford Burgess devint présidente de la bibliothèque Atwater, perpétuant ainsi une tradition familiale en succédant  aux anciens présidents de Mechanics’Institute : son grand-oncle Henry Bulmer (1851), son arrière grand-père William Rutherford (1889)  et son gand-père William Rutherford (1913-1920).

Grâce à l’aide généreuse de plusieurs organismes, un système automatisé du catalogue de la bibliothèque  fut implanté en 2003.

Un an plus tard, l’organisation  mit davantage l’accent sur l’implication dans la communauté et  développa de nouveaux partenariats élargis avec des groupes associés tels que le Conseil de quartier Peter McGill, Île Sans Fil, la Fédération des écrivaines et écrivains du Québec  et autres.

En septembre 2005, l’édifice de la bibliothèque fut finalement proclamé Site  historique national.

Bibliographie

Bibliothèque Atwater, AtwaterLibrary of Mechanics’ Institute of Montreal, 1972
Bronson, Susan. Conférence 1995 lors du 75e anniversaire de l’inauguration de l’édifice
Bibliothèque Atwater  (non publiée)
Eade, Dr Norman, entrevue téléphonique, 10 octobre 1997
Hamilton, William, Mechanics’Institute of Montreal (thèse de maîtrise) Université Concordia, janvier 1993
Roberts, Leslie, Montréal : de Mission Colony to World City, Macmillan, Toronto, 1969
Robbins, Nora, « The Montreal Mechanics’Institute : 1828-1870 », Canadian Library Journal, p.373-379
Syndicate content